[La société française au XIXe siècle]

Publié le 2 Mai 2014

[La société française au XIXe siècle]

Il arrive parfois qu'un ouvrage vous marque, soit presqu'une évidence à sa lecture. Ce fut le cas pour moi, avec ce livre rédigé sous la direction de Jacques Dupâquier et Denis Kessler. Cet ouvrage scientifique, mais accessible à tous, a été une véritable porte d'entrée à mon mémoire de recherche, il m'a conforté dans mes ambitions d'histoire sociale que j'avais pour l'Algérie coloniale. Procurez-le vous et lisez-le !

Denis Kessler (1952- ) est agrégé en sciences sociales à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) en 1977. Diplômé en philosophie et en sciences économiques, il entre au CNRS en 1986 en tant que chargé de recherche. En parallèle de sa carrière de chercheur, il est notamment dirigeant d'entreprise et aussi vice-président du MEDEF.

Véritable pilier de la démographie historique en France, Jacques Dupâquier (1922-2010) est un historien spécialiste de l'histoire des populations. Ancien résistant, agrégé d'histoire en 1949, il fonde notamment, en 1972, un laboratoire de démographie historique, rattaché aujourd'hui à l'EHESS. Il initie, au début des années 1980, la fameuse enquête des 3000, dont le but est de reconstituer, de manière méthodique, les trajectoires de familles dont le patronyme commence par les lettres TRA sur les XIXe et XXe siècles. En 1988, sous sa direction, est publiée en quatre volumes, une Histoire de la population française. Quatre ans plus tard, sous sa direction et celle de Denis Kessler, ils publient La société française au XIXe siècle.

Véritable radiographie de la France du XIXe siècle, cet ouvrage livre les premiers résultats d'une vaste enquête sur l'histoire de trois mille familles représentatives, et fondée en particulier sur les actes de mariage. Une formidable source d'informations qui nous révèle tout un pan de la société, qu'il s'agisse de démographie, de nuptialité, ou de l'évolution des métiers.
Au total, le paysage social n'apparaît pas aussi figé qu'on se l'imagine. Certes, la population demeure très largement paysanne, mais les campagnes, surpeuplées, envoient leurs enfants dans les villes pour occuper les places que rendent disponibles le progrès économique et la surmortalité des grandes cités. Les fils n'exercent plus le métier de leur père : certaines professions disparaissent alors alors que l'artisanat et le petit commerce se développent. Quant à l'activité économique des femmes, le XIXe siècle ne la reconnaît guère. Cest que le travail qu'elles effectuent, armées de la binette, de l'aiguille ou du plumeau, reste essentiellement domestique, donc mal rémunéré.

DUPAQUIER, Jacques, KESSLER, Denis (dir.), La société française au XIXe siècle, Tradition, transition, transformations, Paris, Fayard, 1992, 4e de couverture.

Un livre passionnant, utile et très instructif, dans lequel Dupâquier milite notamment pour l'introduction d'une méthode « généalogique » en histoire, à partir de l'état civil, bien qu'avant Dupâquier, Louis Henry (1911-1991) et Michel Fleury (1923-2002) - l’un historien-démographe et l’autre historien-archiviste - avaient déjà commencé, dès la fin des années 1950, à initier une méthode historique de dépouillement et d'exploitation de l'état civil ancien à travers leur ouvrage : HENRY, Louis, FLEURY, Michel, Des registres paroissiaux à l’histoire de la population : manuel de dépouillement et d’exploitation de l’état civil ancien, Paris, INED, 1956, 84p.

Pour autant, à propos de cette méthode « généalogique », Jacques Dupâquier écrit :

 

Les historiens démographes sont probablement les mieux placés pour jeter les bases de cette nouvelle histoire sociale, parce qu’ils ont élaboré, au cours des trente dernières années, une méthodologie spécifique, se sont intéressés, non à des groupes particuliers, mais à la société tout entière, et remporté, dans l’exploration du passé, des succès sans équivalent dans les autres branches de l’histoire. Pourtant, ils ne sont pas sortis jusqu’ici de leur domaine réservé : les comportements démographiques. Il y a bien eu quelques tentatives pour enrichir les fiches de famille à l’aide d’autres sources nominatives que l’état civil : rôles de tailles cadastres, contrats de mariage, inventaires après décès, etc. ; mais ces essais n’ont pas réussi à nous donner des sociétés du passé une vision dynamique : à l’échelle du village, elles semblent toujours immobiles. Le changement social ne peut être pleinement observé dans un cadre territorial aussi limité. Mobilité géographique et mobilité sociale sont inséparables. Pour les saisir, il faut abandonner le cadre communal, et même provincial, et adopter une perspective généalogique, c’est-à-dire suivre les familles dans leurs déplacements. […] Ces généalogistes participent à des travaux d’intérêt collectif et ne se contentent plus d’aligner des noms et des dates. Une bonne part d’entre eux sont devenus de vrais historiens, des historiens de leur famille, ou, mieux encore, des explorateurs de l’espace social où ont vécu leurs ancêtres.

Introduction : Pour une nouvelle histoire sociale, dans DUPAQUIER, Jacques, KESSLER, Denis (dir.), La société française au XIXe siècle, Tradition, transition, transformations, Paris, Fayard, 1992, pp. 10-11

Rédigé par Guillaume Chaix

Publié dans #Conseils de lecture

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