Un record de légitimation

Publié le 17 Avril 2014

Sans doute êtes-vous déjà tombé, lors de vos recherches généalogiques, sur un mariage dit légitimant, c’est-à-dire un mariage à l’issue duquel les deux conjoints reconnaissent des enfants nés hors-mariage.

Ayant travaillé sur l’Algérie coloniale pendant deux ans, dans le cadre de mon Master d’Histoire contemporaine, en dépouillant plus d’un millier d’actes de mariage pour la commune de Sidi-bel-Abbès sur une période couvrant la seconde moitié du XIXe siècle, j’en ai rencontré plus d’un.

Cela étant, je suis tombé sur un acte de mariage peu banal dans lequel les deux conjoints légitiment… neuf enfants ! Si l’on se réfère aux records de la généalogie postés sur Geneawiki, j’égale ainsi les trois médailles d’or déjà ex-aequo.

Retour sur ce mariage particulier.

« L’An mil neuf cent et le vingt juin à trois heures du soir.
Devant Nous, Léon Bastide, Chevalier de Légion d’honneur, Maire de la Commune de Sidi-bel-Abbès, faisant les fonctions d’Officier de l’Etat-Civil. Etant dans la maison où demeure le sieur Emsalem Abraham, futur époux ci-après nommé, les portes étant ouvertes au public, la dite maison sise à Sidi-bel-Abbès, rue Mogador numéro 13 -- où nous nous sommes transporté, vu l’état grave de maladie du dit Sieur Emsalem Abraham, lequel est constaté par un certificat délivré par M. Fabries, Docteur en médecine, demeurant à Sidi-bel-Abbès, en date du dix-neuf juin présent mois, commis par ordonnance de M. le Procureur de la République par le tribunal de Sidi-bel-Abbès. »

ANOM, Mariages de Sidi-bel-Abbès, 1900

L'état grave du conjoint, alors âgé de plus de 60 ans, nécessite le déplacement de l'Officier d'Etat-Civil à son domicile pour pouvoir marier civilement les deux individus.

Plan de Sidi-bel-Abbès en 1916. La rue Mogador est la deuxième rue présentée horizontalement en partant du haut du plan.

Plan de Sidi-bel-Abbès en 1916. La rue Mogador est la deuxième rue présentée horizontalement en partant du haut du plan.

Acte de mariage du Sieur Emsalem Abraham, propriétaire demeurant à Sidi-bel-Abbès, né à Oran en 1839, fils majeur de Fridja, dont le domicile est inconnu et de feue Kamra Emsalem, décédée à Oran le 18 juin 1883. Le futur et les quatre témoins nous ont affirmé par serment que le lieu du décès ou celui du dernier domicile de ses père, aïeuls ou aïeules leur sont inconnus et que malgré toutes les recherches faites, il leur a été impossible d’en trouver la trace.

Et demoiselle Cohen Zarah, sans profession, demeurant à Sidi-bel-Abbès, née à Oran, le 22 mars 1852, fille majeure de feu David, décédé à Oran, le 17 août 1859 et de feue Aïcha Cohen, également décédée à Oran, le 16 août 1891. La future et les quatre témoins nous ont affirmé par serment que le lieu du décès ou celui du dernier domicile de ses aïeuls ou aïeules leur sont inconnus.

Les futurs ont produit et déposé un certificat de contrat de mariage […]

ANOM, Mariages de Sidi-bel-Abbès, 1900

Outre les informations basiques sur les deux conjoints présentes sur un acte de mariage classique, nous apprenons qu'un contrat de mariage a été effectué.

Mention de légitimation des neufs enfants en marge de l'acte de mariage. Source : ANOM en ligne.

Mention de légitimation des neufs enfants en marge de l'acte de mariage. Source : ANOM en ligne.

Le premier enfant légitimé est âgé de 29 ans et le dernier a 5 ans et demi. 

Interpellé par la mention faite en début d'acte, sur l'état grave de maladie du conjoint, j'ai consulté les actes de décès de la même année à Sidi-bel-Abbès et j'y ai trouvé... Le décès d'Abraham, âgé de 62 ans, en date du 22 novembre 1900.

Depuis 1870 et le décret Crémieux, les populations juives indigènes d'Algérie jouissent d'une citoyenneté française intégrale, leur enlevant tout statut particulier - religieux en l'occurrence. 

Ainsi, nous pouvons imaginer qu'étant peut-être déjà mariés religieusement vu leur descendance, les deux conjoints de confession juive décident de se marier civilement afin de permettre à leurs enfants de bénéficier des conditions optimales d'héritage. Cela ne reste qu'une hypothèse mais vu les conditions dans lesquelles les deux individus se marient, il y a forcément une raison de cet ordre-là.

Il s'agit en tout cas d'un acte très intéressant, un petit trésor trouvé lors de mes recherches universitaires et que je souhaitais partager... Et vous, êtes-vous déjà tombé sur un acte de légitimation similaire ?

L'acte de mariage en trois parties. L'acte de décès d'Abraham Emsalem (Amsalem) quelques mois plus tard. Source : ANOM en ligneL'acte de mariage en trois parties. L'acte de décès d'Abraham Emsalem (Amsalem) quelques mois plus tard. Source : ANOM en ligne
L'acte de mariage en trois parties. L'acte de décès d'Abraham Emsalem (Amsalem) quelques mois plus tard. Source : ANOM en ligneL'acte de mariage en trois parties. L'acte de décès d'Abraham Emsalem (Amsalem) quelques mois plus tard. Source : ANOM en ligne

L'acte de mariage en trois parties. L'acte de décès d'Abraham Emsalem (Amsalem) quelques mois plus tard. Source : ANOM en ligne

Rédigé par Guillaume Chaix

Publié dans #Trésors d'archives

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